mercredi 29 mars 2017

La petite histoire : Bayard, un héros français

La destruction des livres sous la Révolution française.

Je prépare actuellement une nouvelle série de cours sur la Révolution française pour mes classes de Seconde mais sous des angles différents de ceux qui sont généralement abordés par l’Éducation nationale : sous l'angle social, sous l'angle environnemental, sous l'angle « sociétal » et familial, sous l'angle patrimonial, entre autres. Ainsi, je m'intéresse en ce moment au sort des livres et des bibliothèques, thème assez méconnu et pourtant très révélateur, non seulement des excès, mais de la nature même de la Révolution. 
Dans son ouvrage « Livres en feu », Lucien X. Polastron signale que « le déclenchement de l'hécatombe de livres remonte au 2 novembre 1789, lorsque toutes les possessions ecclésiastiques et religieuses passent « sous la main de la Nation », laquelle a un vrai besoin de se renflouer sans les moyens structurels d'organiser la spoliation. Pour les terrains, les immeubles et les ciboires incrustés de rubis, l'affaire est simple et la capital quantifiable. Mais les bibliothèques ? (…) Qu'est-ce donc ? Pour la nation un poids mort indéchiffrable, pour les fonctionnaires une directive empoisonnée, mais avant tout le symbole de la tyrannie aux yeux des agités. » Il est tout de même étonnant que les intellectuels qui se targuent continuellement de prôner la liberté d'expression la plus large ne s'émeuvent pas de cette « biblioclastie » qui a ravagé notre pays et livré aux flammes et aux artificiers fabricants de balles des millions d'incunables, de manuscrits anciens et enluminurés, de livres reliés et des collections de correspondances diplomatiques ou philosophiques...
Les pertes furent immenses et une partie de l'héritage livresque et intellectuel du Moyen âge et de la Renaissance, mais aussi du temps des Lumières en France, fut irrémédiablement perdu alors. Malgré les appels de l'abbé Grégoire à préserver ce capital, le pillage, la dispersion et la destruction continuèrent, « la Révolution hésite entre vengeance et « régénération ». A un Boissy d'Anglas, qui dit dans Quelques idées sur les arts : les Français, « il ne s'agit donc pas de leur enseigner à se passer [se priver], mais à jouir », répond un Urbain Domergue, puriste d'Aubagne propulsé chef de la Bibliographie : « Portons le scalpel dans nos vastes dépôts de livres et coupons tous les membres gangrenés du corps bibliographique. » Cet ardent visionnaire ne propose pas de brûler les ouvrages mais de les envoyer se faire acheter par les ennemis du pays pour causer chez eux « le vertige et le délire ». » Cela explique que certains ouvrages publiés en France avant la Révolution se retrouvent aujourd'hui en Russie ou en Angleterre, et qu'une partie importante de ce patrimoine sauvé des flammes et de la bêtise républicaine continue sa vie loin de la métropole et de ses lecteurs...
Nombre de livres finiront en charpie pour... faire la guerre : « Non, la République de ces quelques années n'avait nul besoin de savants. En revanche, il lui fallait des livres, de plus en plus : la guerre contre l'Europe consomme des quantités industrielles de gargousses et la pénurie de papier est chronique. On tire donc du dépôt des Cordeliers 15 000 in-folio en l'an VI et VII, car les grands formats sont préférés des artificiers. » Il est difficile après cela d'évoquer la Révolution comme une période culturellement heureuse et libre : si la destruction n'empêche pas la production, nombre d’œuvres nées de ces années-là n'en finissent pas moins aussi au feu car ne convenant pas aux maîtres du jour, et leurs auteurs sous l'acier de la guillotine...
Et aujourd'hui ? En fait, nos sociétés sont-elles moins destructrices ? Il est permis d'en douter quelque peu au regard des « désherbages » souvent anarchiques des bibliothèques et des CDI français, sans négliger ceux qui ont des motivations plus explicites, au nom d'un « politiquement correct » de mauvais aloi quand il s'agit de littérature et d'idées : j'avais, il y a une vingtaine d'années, dénoncé (comme d'autres) l'épuration d'une bibliothèque de lycée accomplie par une documentaliste visiblement politisée qui avait mis au rebut quelques dizaines de livres qui n'avaient pas eu l'heur de lui plaire, y compris un ouvrage de Soljenitsyne... Mais, sans doute, n'était-ce là que la partie émergée de l'iceberg, et il est difficile de trouver un écrit de Jacques Bainville ou de Reynald Secher dans les universités et établissements scolaires, sauf rares exceptions : cette terrible sélection « éducative », qui écarte tant d'auteurs considérés comme « mal-pensants », est aussi un moyen de cantonner la réflexion à un cadre qui, s'il convient à l’Éducation nationale, n'est guère satisfaisant pour l'intelligence et le libre débat intellectuel et historique.
Faut-il, pour autant, désespérer ? En fait, malgré la tendance actuelle à la dématérialisation et l'apparent désintérêt des jeunes générations pour le livre papier, ce dernier ne disparaît pas et, il faut le souhaiter, ne disparaîtra pas parce qu'il reste et restera, pour nombre de nos contemporains et de ceux à venir, ce nécessaire écrin de feuilles qu'il est possible de tourner pour découvrir de nouvelles sensations, de nouveaux champs de réflexion, et d'imaginer, à l'autre bout du monde, parfois dans une autre langue, lu par d'autres lecteurs. C'est aussi un petit carré de résistance, que l'on se passe parfois sous le manteau, et dont quelques pages permettent l'évasion intellectuelle qui favorise l'action, y compris politique. Bien sûr, les livres peuvent aussi receler des fruits empoisonnés, et provoquer des désastres : mais leur absence serait bien plus grave encore, car elle signifierait la fin d'une transmission des savoirs et des polémiques à travers les âges et les générations, et l'asséchement des esprits et des âmes...
Jean-Philippe Chauvin

Passé Présent n°144

Le maréchal de Villars, la bataille de Denain (1712) | Au cœur de l’hist...

dimanche 26 mars 2017

Cette révolution conservatrice afro-américaine qui pose problème à la Pensée Unique

On ne peut pas traiter un sujet tel que la révolution conservatrice afro-américaine aux États-Unis sans évoquer Elizabeth Wright, cette grande dame, disparue brutalement en août 2011. Très discrète, voire même mystérieuse on ne sait pas grand-chose d'elle, à commencer par son âge puisque Wikipédia ne lui a même pas consacré deux lignes de notice biographique. Et pourtant, on ne connaît pour ainsi dire pas d'intellectuel Américain d'origine africaine, conservateur, qui ne fasse référence à ses écrits et n'évoque son action infatigable au service d'une communauté dont elle ne cessa de défendre le droit à la reconnaissance identitaire ainsi que la légitimité du combat communautaire. Mais on sait en revanche, qu'en dépit de son origine, elle s'affirmait conservatrice, d'orientation "libertarienne", qu'elle combattait les Droits Civiques, réclamant qu'on laissât les Noirs se développer selon leurs goûts et à leur rythme. Ainsi qu'ils le faisaient avant que les ultra-gauchistes Blancs dits progressistes - se mêlent d'en faire des clones de Blancs par l'uniformisation scolaire forcée, la discrimination positive et l'imbécile idéologie multiraciale. Pendant des années, seule dans son coin, soutenue par des milliers de dissidents, elle publia ses points de vue iconoclastes dans une lettre périodique intitulée Issues and Views - qu'elle transforma à la fin de sa vie en un site Internet passionnant distribué gratuitement dans le monde entier. Elle y reproduisait de remarquables essais de grands intellectuels Noirs de sa mouvance ainsi que ses propres chroniques dans lesquelles elle défendait la nécessité pour les Africains- Américains de développer leur propre société différente de celle des Blancs. Affirmant sa gratitude envers ces derniers pour tout le bien qu’ils avaient fait au cours des 400 dernières années pour ceux de sa race. En même temps, elle ne cessa de défendre l'héritage "confédéré" sudiste, qui est aussi, esclavage compris, l’héritage des Noirs. Rappelant que la plupart des enfants blancs du Sud furent allaités par des nourrices noires et que l'étranger de passage avait souvent peine à faire la différence parmi les enfants blonds lesquels venaient de la "location" des esclaves et lesquels appartenaient à la maison du maître. Ou que, au fil du temps, des centaines de milliers de "nègres" à peau blanche se sont discrètement fondus dans la population blanche et qu'aujourd'hui encore dans tous tes secteurs de la vie publique ou professionnelle américaine on trouve des Africains-Américains qui passeraient pour Européens dans n'importe quelle capitale du "vieux Continent.
On ignore délibérément que dans l'ancienne confédération existaient deux sociétés qui se développaient séparément, que de nombreux Africains-Américains, lors de la Guerre de Sécession, prirent fait et cause pour les Sudistes, allant jusqu'à s'armer et à se mobiliser à leur côté. La domination raciste des Blancs sur les Noirs tient plus de l'invective que la réalité. On continue à faire croire que la loi de Lynch incitait à pendra aux arbres les Noirs parce qu'ils étaient noirs. Aujourd'hui encore le Ku-Klux-Klan est présenté comme un ramassis de fous sanguinaires. Occultant les raisons qui contraignirent le général Nathan Bedford Forrest et ses amis à se constituer en milices d'auto-défense afin de combattre les exactions qui accompagnèrent leur dépossession dans le cadre de la "Reconstruction" qui suivit la victoire du Nord et le comportement ignoble des vainqueurs. L'Histoire américaine que l'on enseigne depuis un demi-siècle est tronquée. On y étudie exclusivement la malfaisance des Blancs, leurs comportements barbares et les horreurs dont ils se seraient rendus coupables.
Les nouveaux américains polyglottes
Ce fut l'une des grâces d'Elizabeth Wright d'oser développer une autre narration. Et contre le mouvement général, la dictature des Droits Civiques et du racisme noir ambiant, de soutenir que la vérité était loin d'avoir été ce que prétend la Pensée Unique. L'une de ses dernières chroniques paraît prémonitoire et dans un avenir proche pourrait passer pour prophétique : « Lorsque la population blanche sera tombée sous la barre des 50%, le temps de leur ingérence dans les affaires des Noirs sera terminé. Et avec lui ces lois spéciales permettant de sauvegarder les avantages, extrêmement coûteux, accordés aux "défavorisés". Quelle chance de se maintenir ont les prescriptions qui, au 18e siècle, ont été conçues par ces amusants petits hommes en bretelles et gilet, une fois que les nouveaux Américains polyglottes venus d'Asie et d’Amérique Centrale et du Sud auront commencé à bander leurs muscles politiques ? Tant de Noirs et leurs gourous libéraux blancs ont été incapables d'apprécier ces lois venues d'Angleterre, fondées sur "des vérités d'évidence" et sur le consentement des gouvernés, assez souples pour prendre sous leur protection les anciens esclaves de la nation. Une fois qu'aura disparu, en partie par négligence, ce qu'il reste de la loi constitutionnelle, parce que l'Histoire de la constitution et de ses créateurs ne sera plus enseignée dans les divers systèmes scolaires de couleur Chinois-Indien-Latino-Arabe, une nouvelle page sera tournée. Si les Noirs pensent qu'ils ont été maltraités par les Blancs, ils n'ont qu'à attendre que la Discrimination Positive, et plus encore le système des partis, aient disparu. Les nouvelles ethnies dominantes viennent dans ce territoire avec leurs propres histoires de dramatique oppression. À la différence des Blancs il est peu probable qu'ils fassent de la surenchère dans la repentance sur les injustices du passé. De même on les imagine mal perdre leur temps au Congrès à concocter des lois destinées à discriminer leurs propres fils et filles au profit des Noirs ».
On savait qu'elle habitait New York mais peu de gens semblent l'avoir rencontrée. Sa mort ne fut signalée avec plusieurs jours de retard que par les sites d'extrême droite blancs de Jared Taylor, Lew Rockwell, Nicholas Stix ou Harold Thomas. Le directeur d’American Renaissance relata comment toutes ses demandes de rendez-vous reçurent des fins de non-recevoir bien que Taylor échangeât de nombreuses fois par téléphone et accueillit sur son site de nombreux articles de Wright. Elle-même présentait ainsi Issues & Wews : « Un lieu de conservatisme noir pour une pensée indépendante respectueuse du sens commun. Une petite oasis pour ceux qui, aveuglés par la dynamique du mouvement des Droits Civiques, n'arrivent plus à distinguer le faux du vrai ». En fait, elle fut très influencée par les écrits de Booker T. Washington. Celui-ci, né esclave d'un père blanc et d'une mère noire, aura été le premier Africain-Américain à avoir tenté de créer une société noire cohérente et dynamique. Apres qu’il eut en 1881 été à l'origine de la première école normale pour enseignants afro-américains. En 2005 la Booker T. Washington Society créa un prix Elizabeth Wright décerné chaque année « à la personne qui illustrerait le mieux la vision, les valeurs et les vertus attachées à la mémoire de Booker T. Washington ».
L'autre grande influence qui inspira Elizabeth Wright fut George Shuyler qui, après des années de socialisme et de militantisme à l'intérieur du NACCP, dont il fut un des responsables, effectua un  virage à 180° et rallia la John Birch Society, puis soutint la candidature de Barry Goldwater. H devint l'anti-Martin Luther King, s'opposa à la Loi de 1964 sur les Droits Civiques, ce qui explique le silence des média et le fait que son existence même soit totalement ignorée. Shuyler publia des milliers de chroniques et plusieurs dizaines d'ouvrages - en particulier, en 1947, La conspiration communiste contre les Noirs, qui fut une sorte de bréviaire des Africains-Américains qui refusaient d'être les pantins de l'idéologie d'extrême gauche diffusée par Luther King -.  Au directeur du site Vue de Droite qui, en 2008, lui avait déclaré que « dans la nouvelle Amérique, les Blancs ne peuvent plus être eux-mêmes, s'affirmer comme Blancs, exprimer la vérité telle qu'ils la voient, mais doivent se soumettre au nouvel ordre non-blanc », Wright répondit par ce qui pourrait passer pour une profession de foi ou pour un testament, et dans l'un et l'autre cas, explique la haine que lui portait l'Etablissement multiracial américain : « Cette stupéfiante conclusion, évidente depuis des années et des années, même pour les plus décérébrés, n'arrive-t-elle pas juste un peu trop tard, alors que les Blancs se sont dégénérés en couards ? Ayant dépensé autant d'énergie à se défendre de l'accusation de "racisme" alors qu'il n'en faussait pas de promouvoir les Noirs dans des positions prestigieuses, le Blanc n'aurait-il pas mieux fait de se taire ? Il a bien mérité ce qui  arrive et il n'y a pas de raison de ressentir pour lui autre chose que du mépris ». Plus loin, après qu'elle eut exprimé son indignation qu'aucun Blanc ne soit intervenu au nom de la Constitution lors de l'interdiction d'une conférence de David Duke, « dans le pays de l'Homme libre et la maison du Brave », elle précisa : « Pourquoi croyez-vous qu'Oprah (animatrice et productrice de l’Oprah Winfrey Show, la plus célèbre émission de variétés de la télévision américaine, elle-même étant la plus riche Noire des Etats-Unis, décorée de la Médaille du Président par Obama, docteur honoris causa de Duke et de Harvard, dont les déclarations équivalent à des bulles papales dans le monde catholique), pourquoi croyez-vous que durant toutes ces années Oprah a semé les graines qui germent déjà en ces stupides femmes blanches frappées de sidération, dans l'embrigadement actif de leur progéniture bombardée de messages positifs sur l'importance, l'égalité et parfois même la supériorité de « la culture noire ».« Et maintenant, avec l'adulation qui se manifeste autour d'Obama, produit de la fornication Noir/Blanche, ces imbéciles de filles blanches seront encore plus conditionnées à produire des bébés marron plutôt que blanc. Ce n'est pas l'immigration qui changera la nature de la compétition, ce sera le ventre des femmes blanches »... L'avertissement, évidemment, ne vaut pas que pour l'Amérique. L'Europe est aussi largement concernée et il y a bien longtemps que les maîtres à penser du djihadisme islamique beuglent les mêmes propos sur tous les canaux d'Internet.
J. R. Rivarol du 16 mars 2017

Camille Pascal : Saint louis et son chêne expliqué aux « historiens de garde »

Au cours de l'Émission politique, François Fillon a été prié de se prononcer sur la crédibilité de Saint Louis rendant la justice sous son chêne. Dans cette remarquable tribune [Figarovox 24.03] Camille Pascal montre comment cela est révélateur du rejet des intellectuels contemporains à l'égard de toute référence au roman national. Beaucoup de choses ont disparu en même temps que la monarchie. A commencer par la vraie justice qui s'incarnait dans la personne du Roi et qu'il garantissait. Vint ensuite la justice révolutionnaire. On sait ce qu'elle fut et, somme toute, elle s'est prolongée ...  LFAR  
Il est des émissions politiques qui ont marqué l'histoire de la télévision française, d'autres, l'Histoire contemporaine tout court, il est plus rare qu'elles aient provoqué un débat sur l'Histoire de France. L'Émission Politique, puisque tel est son nom, diffusée jeudi dernier sur France 2 et dont François Fillon était l'invité, marquera, à n'en pas douter, l'histoire de la télévision mais seuls les résultats du premier tour des élections présidentielles permettront de dire si elle aura joué un rôle dans l'histoire politique de notre pays. Néanmoins, une chose est sûre désormais, cette émission aura fait de l'Histoire de France un enjeu majeur de ce scrutin.
Le « cabinet noir », chacun le sait, a toujours été depuis Monsieur Gabriel Nicolas de la Reynie, une prérogative du Lieutenant Général de Police et donc le domaine exclusif de la Maison du Roi. Quant à Christine Angot, malgré le tintement de ses bracelets, elle n'est pas, loin s'en faut, Madame de Staël, ni même Marguerite Duras dont elle a fait, ce soir-là, un pastiche pathétique. Pour autant, si l'Histoire affleurait déjà dans ces deux grands moments de télévision, elle n'était pas encore au centre du débat.
Il a fallu attendre la confrontation entre le candidat et un professeur d'Histoire-Géographie au lycée de Nanterre, Madame Laurence de Cock, vice-présidente d'un étrange « Comité de Vigilance face aux usages publics de l'histoire » - on se demande bien en quoi l'Histoire qui constitue la mémoire collective des événements passés n'est pas d'usage public ? - pour que l'Histoire fasse son entrée en majesté sur le plateau de l'émission. Il s'agissait de condamner toute référence au fameux récit national qui est désormais considéré par certains intellectuels comme une sorte d'avant-poste du révisionnisme. L'échange fut courtois, presque respectueux de part et d'autre, alors même que les trois furies antiques, Tisiphone, Mégère et Alecton, continuaient à tournoyer autour des projecteurs quand madame Laurence de Cock demanda de but en blanc à François Fillon si la figure du Roi Saint-Louis rendant la justice sous son chêne lui paraissait « crédible » ?
Le candidat des Républicains s'attendait certainement à tout ce soir-là sauf à devoir se prononcer sur la crédibilité de Saint-Louis... Chacun sait, pourtant, que l'image du Roi Saint-Louis rendant la justice sous son chêne dans les jardins du château de Vincennes n'est pas une invention de l'imagerie populaire, comme la barbe fleurie de Charlemagne par exemple, mais qu'elle est tirée du témoignage direct du fameux sire de Joinville (1224-1317), compagnon d'armes, conseiller et historiographe du Roi Saint-Louis. Ce personnage historique a donc non seulement existé mais il nous a laissé des souvenirs parfaitement crédibles qui sont encore aujourd'hui la principale source sur l'histoire de ce règne. Alors certes, comme toutes les sources qui sont à la disposition de l'historien, ce témoignage doit être soumis à une critique interne et externe, c'est-à-dire qu'il doit faire l'objet d'une analyse rigoureuse avant d'être confronté minutieusement aux autres sources disponibles. Il revient donc à l'historien d'expliquer dans quel contexte et surtout avec quel « outillage mental », selon la très belle expression de Lucien Febvre, le texte a été produit, mais dès lors que celui-ci n'est pas un faux, comme la donation de Constantin par exemple, il est par nature « crédible ».
Le lecteur comprendra aisément qu'aux yeux de madame de Cock, le témoignage d'un noble et pieux chevalier franc du XIIIème siècle, croisé par-dessus le marché, soit hautement suspect mais il n'en demeure pas moins que le récit que Jean de Joinville a fait du Roi Saint Louis rendant la justice sous un chêne du bois de Vincennes est non seulement crédible mais parfaitement véridique. Peut-être faut-il rappeler à Madame de Cock, didacticienne et historienne du « fait colonial », que le Roi de France est au Moyen-Âge le principe de toute justice et qu'il peut donc à ce titre, non seulement faire la Loi, mais juger en lieu et place de magistrats qui n'étaient, en réalité, que ses délégués et qui perdaient de fait cette délégation en sa présence. Ainsi non seulement la scène du bois de Vincennes est-elle parfaitement crédible mais elle est évidemment très utile pour permettre de faire comprendre à des élèves de primaire ou du collège en quoi les rois de France étaient d'abord des « Rois de Justice ». C'est ce qu'avait parfaitement compris Ernest Lavisse, bête noire de Madame de Cock, et grand admirateur de Joinville.
En s'interrogeant sur la « crédibilité » de ce témoignage, madame de Cock a fait preuve en vérité d'un très grand mépris non seulement pour le roi Saint-Louis, le sire de Joinville, mais au-delà pour tous ceux de nos ancêtres qui ont eu le tort, à ses yeux, de vivre au XIIIème siècle, de croire en Dieu et même en la Mission Divine de la France qui justifiait, alors, les Croisades. Il est vrai que les sujets du Roi Saint-Louis n'avaient pas la chance de lire Libération tous les jours ni même de pouvoir profiter de l'enseignement de madame de Cock.
Ce dont cette enseignante, certainement dévouée, n'a semble t'il pas pris tout à fait conscience c'est qu'en s'interrogeant publiquement et d'un petit ton d'ironie sur la crédibilité d'un épisode parfaitement authentique de l'histoire du Roi Saint-Louis, elle a posé sur la civilisation française du XIIIème siècle le regard « colonial » que la IIIème République et ses instituteurs portaient sur les cultures, les récits et les croyances « indigènes » au début du XXème siècle. Regard condescendant et méfiant que cette historienne du « fait colonial » est, n'en doutons pas, la première à condamner.  
« Non seulement la scène du bois de Vincennes est parfaitement crédible mais elle est très utile pour faire comprendre à des élèves en quoi les rois de France étaient d'abord des " Rois de Justice " ». 

Colonisation française : crime contre l’humanité ou crime contre la vérité ?

Pascal Poirot, entrepreneur et consultant, candidat de la droite de conviction dans la 2ème circonscription des Yvelines, trésorier du PCD, écrit dans Boulevard Voltaire suite aux propos d'Emmanuel Macron :
"[...] Je ne suis ni fils de harki ni fils de pied-noir, mais j’ai vécu en Algérie de 1984 à 1986. Le moment est venu de partager ce que j’ai vu. Une chose m’a particulièrement frappé : la grande majorité des plus de 35 ans, donc de ceux qui avaient connu significativement l’époque de l’Algérie française, aimaient profondément la France. Même ceux qui avaient perdu un frère, un père, un ami dans les combats, avaient tourné la page. Au-delà de la douleur, la réconciliation était le plus beau cadeau à faire au défunt. Ils parlaient un excellent français. Nous discutions passionnément de la France, de l’Algérie, du monde. Ils étaient heureux d’être algériens, mais regrettaient amèrement la manière dont leur indépendance s’était construite et les deux décennies chaotiques qu’ils venaient de vivre ! 
Et puis, il y avait les moins de 20 ans. Nés après 1962, parlant peu français, ils avaient reçu une version de l’Histoire déformée par la propagande officielle et avaient appris à détester la France. Début 1984, alors que je travaille sur un projet de 8.000 logements, les marques d’antipathie sont nombreuses : regards peu avenants, pneus crevés, crachats au sol sur mon passage… J’étais triste pour cette jeune génération de voir la haine qui lui avait été inculquée, alors qu’il était si agréable de partager avec ses aînés.
C’était un clivage terrible. Une rupture de transmission. Au sein même du peuple algérien.
Lorsque ma femme me rejoint avec notre premier enfant, les marques d’hostilité diminuent nettement : je n’étais plus le « sale Français », nous étions désormais « une famille ». La joie de notre histoire commune leur avait été volée, mais il leur restait ce sens de la famille si profondément ancré dans les peuples sémites.
2017, un candidat à la présidentielle parle de crime contre l’humanité en Algérie. Un coup de poignard pour moi, qui n’y ai vécu que trois ans. Comment imaginer la terrible souffrance qu’un tel mensonge a dû provoquer aux descendants de harkis et de pieds-noirs, dont les parents ont dû fuir la terre de leurs ancêtres ? Non seulement la France leur demande de taire leurs immenses souffrances, mais voilà que le candidat choisi par les médias et le système leur annonce que leurs ancêtres étaient des criminels contre l’humanité !
Non ! C’est plutôt une telle déclaration qui constitue un triple crime contre la vérité, car elle inflige une souffrance inutile et injustifiée au peuple français, une souffrance tout aussi inutile et injustifiée au peuple algérien et empêche de reconstruire une relation bilatérale solide. 
Les prochains changements de dirigeants des deux côtés de la Méditerranée seront déterminants pour changer la donne.
Côté algérien, le successeur de Bouteflika pourra se complaire dans ce mensonge, continuer à faire haïr la France et entretenir un système corrompu qui fait venir des milliers de Chinois pour construire des autoroutes alors que le taux de chômage des jeunes Algériens atteint des sommets. Ou, au contraire, reconnaîtra-t-il que nous avons 130 ans de réussite commune pour rebâtir une relation gagnante entre deux peuples frères ?
Côté français, soit nous continuons à nier la vérité, de repentance en repentance, dans une relation biaisée parent/enfant. Soit, au contraire, nous reconnaissons toute la beauté de ce que nous avons bâti ensemble et, dans un dialogue adulte/adulte, nous partageons en toute franchise pour construire un avenir apaisé et fraternel. Nos différents candidats à la présidentielle en auront-ils le courage ? Ce dont je suis sûr, c’est que Macron ne l’aura pas."

LE TSAR PIERRE Iᵉʳ « LE GRAND » (1672-1725) | AU CŒUR DE L’HISTOIRE | EU...

vendredi 24 mars 2017

Les idées reçues sur le Moyen-Age

En ces temps où il est peu recommandé d’aimer l’histoire postrévolutionnaire, il me semble justement intéressant de revenir sur les idées fausses et autres clichés que nous avons sur le monde médiéval. A cela plusieurs raisons : nous ne sommes pas comme ces post-modernes qui jugent que le Moyen-Age est une entité qui se tient d’un bloc et que rien ne vaut que l’étude de la glorieuse révolution avant laquelle rien n’était et après quoi tout est beau. Enfin, il m’est assez pénible d’entendre « nous ne sommes plus au Moyen-Age ! », comme si l’homme médiéval était bouseux, méchant, puant, stupide. Il est intéressant de noter que ce terme agit comme un repoussoir ultime… l’on doit bien avoir peur de ce que pourraient nous raconter ces mille ans d’histoire pour en être effrayé ainsi !
Les invasions barbares ont pillé et détruit l’Europe
Il y eut deux vagues d’invasions : celle qui coïncide avec la chute de Rome et celles des Normands, autrement dit des vikings. Le monde germanique connaît depuis le IIIe siècle de notre ère une évolution climatique qui conduit les populations à se déplacer pour survivre. Les invasions sont en réalité de longs mouvements de migrations du IIe au Ve siècles. Rome, dont l’empire ne parvient plus à gérer ses frontières devenues immenses, utilise ces barbares dont les chefs sont faits rois locaux. C’est ainsi que les francs deviennent l’élite romaine dans les Gaules. Lorsque le pouvoir central fait appel aux peuples au départ étrangers pour maîtriser les territoires l’on ne peut plus appeler cela une invasion, même s’il y eut des épisodes évidemment violents.
Pour ce qui est des vikings, leur arrivée est plus tardive (les francs sont alors dirigés par les rois carolingiens) et l’on ne peut pas parler d’invasion barbare car ils sont aussi barbares que les francs. A partir du XIXe siècle, le mot barbare a pris sa connotation dévalorisante mais peut-on parler de cruels sous-hommes pour définir ceux qui ont navigué et surtout se sont imposés via des petites conquêtes locales successives.
On croyait que la terre était plate
Les savants grecs de la Grèce classique du Ve siècle avant Jésus-Christ ont démontré la rotondité pas tout à fait parfaite de notre planète. Aucun auteur médiéval n’a remis en cause cela. Seul l’hémisphère Nord est connu toutefois…
Les globes terrestres utilisés par les rois et empereurs sont tous ronds, et si Colomb décide de partir vers l’Ouest afin de rejoindre l’Asie c’est bien que la terre est sans aucun doute ronde ! Encore une fois, le positivisme des années 1870 à 1890 environ a poussé les historiens à faire croire que le pouvoir religieux dominait tant qu’il a laissé croire que la terre était plate pour mieux encadrer le peuple tenu dans l’ignorance.
Les infirmes sont exclus
Soyons clair : l’aveugle, le nain ou le malade mental est moqué sans doute, les hommes d’alors nous ressemblent finalement beaucoup. Le soin apporté à ceux qui ont subi un accident ou une maladie est celui que l’on doit alors aux pauvres et aux indigents.
L’archéologie funéraire ne permet pas de détecter les handicaps comme la cécité ou la surdité mais les textes nous renseignent sur le fait que chacun a sa place. Le lépreux est en marge à cause de la contamination que l’on craint et il est une forme de bouc émissaire au sens biblique : il porte la marque physique de ses péchés et de ceux de la société. En temps de paix, chaque infirme a globalement sa place dans la société mais en temps de disette ou de guerre, les plus fragiles sont des bouches inutiles surtout en ville lors d’un siège. Mais n’en est-il pas de même aujourd’hui où le fragile et le différent sont considérés comme inutiles car non productifs ? 
Le monde est une société d’ordres
Société inégalitaire par la naissance, la division entre ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent revient souvent pour dénoncer l’horreur de l’époque médiévale. Pourtant, la division entre le monde urbain, le monde pastoral et celui de la Cour est beaucoup plus véridique surtout si l’on parle de la période qui court d’Hugues Capet à Philippe IV le Bel pour la France.
En effet, si la société est effectivement divisée entre clercs, nobles et tiers-état, un noble qui vit dans sa seigneurie locale connaît des difficultés lorsque les récoltes sont médiocres et le paysan enrichi peut mieux être logé que son seigneur. De même le grand du royaume vivant à la Cour royale ignore presque tout du monde rural. Le monde urbain est quant à lui bien particulier puisque c’est lui qui subit de plein fouet les sièges et les épidémies du fait de la proximité. Une famille de cerfs ou de paysans peut être « à l’aise » tandis que le manœuvre qui vit à Paris est tenu dans la misère.
Les enfants sont mal aimés
On entend souvent que la mortalité étant très forte, l’on ne s’attachait pas aux enfants. Rien n’est plus faux. En effet, dès l’allaitement maternel fini, le nouveau-né est exposé à de nombreuses maladies. Le travail des champs peut aussi blesser ou tuer un jeune comme un adulte.
Si le rachitisme est assez fréquent, les jeunes enfants morts ont des sépultures soignées et les limbes qu’ont inventées les autorités religieuses vers l’an 1100 permettent aux enfants morts sans baptême de ne pas être condamnés à l’enfer qu’ils ne peuvent théologiquement mériter que difficilement.
Les enfants survivants sont considérés comme des êtres à part dès l’âge de raison, et sont considérés comme des membres de la société même s’ils n’ont pas de responsabilités écrasantes. 
C’est une période cruelle et sombre
Le Moyen-Age couvre mille ans et c’est pourquoi il a reçu l’appellation d’âge !
Les évolutions dans l’espace et les temps sont énormes : essayons de comparer Paris en 1017 et en 2017, la difficulté est la même pour comparer l’Occident médiéval entre le début et la fin de l’été médiéval…
C’est aussi une période faste du lien entre intellect et sentiment, entre culture et nature. C’est un monde où ce qui est invisible n’est pas inexistant et une période qui mêle autant le paganisme et la chrétienté, la guerre et l’honneur chevaleresque, la fidélité et la décadence, l’art roman puis gothique, le manuscrit puis l’enluminure…
Charles d’Antioche

Napoléon Iᵉʳ : la campagne de Russie (1812) | Au cœur de l’histoire | Eu...

jeudi 23 mars 2017

Arthur Roi des Bretons - Le Cycle Arthurien #1

JULIUS EVOLA : « LE RACIALISME COMME ANTI-UNIVERSALISME »

Du point de vue proprement politique, d’abord, ce serait une erreur de considérer le racialisme comme élément hétérogène, rattaché pour des raisons contingentes à l’idéologie fasciste. La doctrine en question, correctement comprise, peut au contraire représenter un renforcement et un autre instrument du Fascisme, en tant que créateur d’une nouvelle civilisation antiuniversaliste, antirationaliste, anti-individualiste. Elle peut ainsi représenter une nouvelle étape, liée par un rapport d’étroite cohérence aux précédentes, de la Révolution.
En effet, sous son aspect politique le plus général et le plus communément connu, le racisme s’entend à déterminer le type humain prédominant dans une communauté nationale donnée, à le préserver de toute altération, de toute contamination, à l’intensifier, à y faire correspondre un sentiment déterminé, un orgueil déterminé, qui développera, tonifiera, rendra plus concret et « organique » le sentiment national – plus général. Il s’agit ainsi, en premier lieu, d’une continuation de tout ce que le fascisme a cherché à réaliser depuis son avènement en matière de politique et d’hygiène sociales, et d’autre part, d’école de virilité et de force pour le peuple italien, et surtout pour les nouvelles générations. La conquête de l’empire africain a eu pour conséquence naturelle l’instauration d’un nouvel ensemble de mesures protectrices et prophylactiques, procédant d’exigences analogues ; par ailleurs, il convenait évidemment que, au contact d’autres peuples, l’Italien saisisse pleinement les différences, sa dignité et sa force.
Sous un second aspect, interne, celui-là, le racialisme se présente comme une autre « puissance » du nationalisme, car le sentiment « racial » – même lorsque cette expression équivaut plus à un mythe qu’à une idée bien précise – est évidemment quelque chose de plus que le sentiment national. Comme mythe politique, la « race » est la nation vivante, qui n’est pas plus enfermée dans d’abstraites limites juridiques et territoriales qu’elle ne se réduit à une simple identité de civilisation, de langue, d’histoire. Le sentiment « racial » est plus profond que tout cela ; de tout cela, il est à la racine ; il est inséparable d’un sentiment de continuité, il éveille des résonances profondes dans l’être humain. C’est cette vérité-là qui se reflète même dans la sagesse populaire, dans des expressions comme « la voix du sang », « la race ne ment pas », « il a de la race », « vengeance », « la faute du sang ».
Ainsi, la nouvelle doctrine ranime un sentiment dont les racines plongent dans des formes de communauté au fond pré-nationale, dans la communauté propre à la lignée, à la gens, à la fratrie, à la famille patriarcale ou même patricienne, où il correspondait effectivement et positivement à une unité vraiment commune de sang. Dans sa conception moderne, la nation se présente déjà comme une unité de type différent, définie par d’autres éléments, en plus de la simple consanguinité, tant directe qu’indirecte. Ces considérations suffisent à faire apparaître clairement que, pour pouvoir légitimement passer du sentiment national à la conscience raciale, si l’on ne veut pas se limiter au « mythe », c’est-à-dire à une idée dont la validité réside moins dans sa vérité et dans son fondement objectif que dans son pouvoir suggestif, il faut en venir à une conception de la race assez différente de celle, élémentaire, qui est définie par le sang et, en général, par l’élément purement biologique, car il faut tenir compte, en elle, d’une série d’autres facteurs.
Ce point sera amplement traité par la suite. Pour l’instant, sur la base de ce que l’on a indiqué, nous dirons que l’idée raciale, en tant qu’idée politique, présente les mêmes dangers qu’un nationalisme de type démagogique, exclusif et particulariste.
Les avantages se rapportent à la complète opposition à tout mythe égalitaire et évolutionniste, à la réfutation de l’idéologie démo-maçonnique et de la philosophie des lumières, relatives à l’identité et à l’égale dignité de tout ce qui a forme humaine. Selon la doctrine raciale, l’humanité, le genre humain est une fiction abstraite – ou la phase finale, conservable seulement comme limite, mais jamais entièrement réalisable, d’un processus d’involution, de désagrégation, d’écroulement. En règle générale, la nature humaine est au contraire différenciée, différenciation qui se reflète justement, entre autres, dans la diversité des sangs et des races. Cette différence représente l’élément principal. Elle est non seulement la condition naturelle des êtres, mais encore une valeur éthique, c’est-à-dire quelque chose de bien en soi et qu’il faut défendre et protéger. Sous certains aspects, tous les hommes montrent certainement quelque chose de commun. Mais ceci ne doit pas prêter à équivoque.
Le racialisme, à cet égard, se présente comme une volonté – que l’on pourrait bien appeler classique – de « forme », de « limite » et d’individuation. Il exhorte à ne pas considérer comme essentiel tout ce qui, représentant le général, l’informe, l’hybride, équivaut en réalité à un « moins », à un résidu de matière non encore formée. Comme on l’a indiqué, tout ce qui est commun ne vient au premier plan, n’apparaît comme « valeur » et en quantité d’ « immortels principes », que dans les périodes de régression et de décomposition ethnico-culturelle, où, justement, la « forme » retourne à l’informe. L’« universalisme » – compris, selon l’emploi abusif, mais malheureusement devenu courant, du terme, comme internationalisme et cosmopolitisme – il ne faut pas le considérer, à cet égard, comme une idée parmi d’autres, mais comme l’écho et presque l’indice barométrique d’un climat de chaos ethnique et de dénaturation des types. Il n’y a que dans un tel climat qu’il est « vrai » : en tant qu’image de la réalité.
Que le racialisme, à cet égard, renforce le nationalisme dans ses aspects positifs, c’est bien évident. L’un et l’autre représentent une réaction salutaire, aussi bien contre le mythe démocratique que contre le mythe collectiviste, celui de la masse prolétarienne sans patrie et sans visage ; ils représentent une victoire de la quantité, du « cosmos » sur le chaos, et, comme on vient de le dire, de la forme sur l’informe. Sous tous ses autres aspects positifs, que nous déterminerons, le racisme reflète toujours ces significations-là, et, selon ces significations, c’est une doctrine et un « mythe » qu’il faut juger, du point de vue traditionnel, « en ordre ». Du point de vue politique, d’autre part, le réveil du sentiment national et racial est une des conditions préliminaires indispensables à la réorganisation cohérente de toutes ces forces qui, à travers la crise du monde moderne, étaient sur le point de se disperser et de sombrer dans le bourbier d’une indifférenciation mécanico-collectiviste et internationaliste. Cette tâche est une question de vie ou de mort pour l’avenir de la civilisation européenne tout entière.
Julius Evola
Synthèse de doctrine de la race (1941)
Première partie : La race comme idée révolutionnaire
1. Le racialisme comme anti-universalisme
Édition de L’homme Libre, p. 19-22.

Passé Présent n°144 - La crise de 1929

Napoléon Iᵉʳ : la retraite de la campagne de Russie (1812) | Au cœur de ...

samedi 18 mars 2017

Livres & Actualité • L’islam ou la République

4293058258.jpgLina Murr Nehmé, franco-libanaise, spécialiste du Moyen Age et de la Renaissance, nous avait dans son dernier ouvrage sans concession ouvert les yeux sur la montée du terrorisme islamique Fatwas et Caricatures La Stratégie de l’Islamisme. Elle reprend sa plume ou plutôt son épée pour pourfendre et dénoncer le double langage des tenants d’une religion qui tend à s’imposer en Europe.
Si nous ne sommes pas étonnés par les omissions volontaires de Tariq Ramadan et la duplicité de Tareq Oubrou, on sera particulièrement intéressé par le portrait du Révérend Dalil Boubakeur. Certes le Maître de la mosquée de Paris, essaie de défendre un Islam de paix, mais sa soumission obligée au gouvernement algérien, l’oblige parfois à louvoyer.
La formation des Imams dont il assure une part de responsabilité pose un problème d’incompatibilité avec le laïcisme, les lois de la République et plus encore, notre héritage judéo-chrétien transmis par nos Rois et prélats. A cet égard, le constat d’échec de Jean-Pierre Chevènement dans ses exigences avec les représentants du culte musulman est révélateur. La pierre de non-achoppement étant la liberté sans faille pour tout musulman, résidant en France, de rejeter sa religion première ou de se convertir.
Une large partie de l’ouvrage, reconstitue la colonisation du territoire qui devait devenir l’Algérie. Nos généraux et soldats n’en sortent pas grandis mais l’imagerie autour d’Abdel Kader, non plus.
Ce livre est à rapprocher de l’œuvre d’Hamed Abdel-Samad (de nationalité allemande et d’origine égyptienne) intitulé « Le Fascisme islamique » dans lequel il ne manquait pas de déclarer : « l’idéologie fascisante ne s’est pas introduite dans l’islam avec la montée en puissance des Frères musulmans, mais est ancrée dans les origines historiques mêmes de l’islam« .
On ne saurait aussi ignorer les mises en garde permanente contre la progression de l’islamisme en France, de Boualem Sansal, écrivain algérien d’expression française, et essayiste, honoré par de nombreuses récompenses dont celle du Grand prix du roman de l’Académie française (2015).  
Tariq Ramadan, Tareq Oubrou, Dalil Boubakeur, ce qu’ils cachent, de Lina Murr Nehmé, édition Salvator 254 pages, 22 € 

LOUIS-PHILIPPE Iᵉʳ (1773-1850), ROI DES FRANÇAIS | AU CŒUR DE L’HISTOIRE...

jeudi 16 mars 2017

Une possession diabolique du corps national

La République devait se servir de la France et des Français pour réaliser son universalité. Elle a donc pris « possession » de la France. Le mot « possession » doit être pris ici dans un sens théologique : il s’agit d’une possession diabolique, au sens où une entité prend le contrôle d’un corps, lui imprime sa marque, lui impose sa volonté et lui fait perdre jusqu’à la conscience de sa propre identité. Seule l’idée de « possession » peut en effet expliquer qu’un pays se caractérise à travers des symboles, des couleurs, des moments et des mots qui ne sont pas les siens mais ceux du régime politique qui s’est emparé de lui par la violence.
En fait, la stratégie républicaine de prise de possession du corps national a reposé essentiellement sur un processus pernicieux d’identification de la République à la France et de la France à la République.
Pourquoi, l’identification de la République à la France était-elle si importante pour les républicains ? Pour au moins deux raisons :
  • D’une part, il fallait rendre la République intouchable, il fallait la sanctuariser. Les élections de 1871 avaient envoyé deux tiers de monarchistes à l’Assemblée. Aux élections législatives d’octobre 1877, le camp républicain avait fait seulement 60% des voix alors que la situation lui était très favorable. Même si depuis 1884 il était interdit de remettre en cause la forme républicaine de gouvernement, le régime en place restait précaire comme allait le démontrer l’affaire Dreyfus. Seule une assimilation totale de la République à la France pouvait rendre la République indéboulonnable : toute atteinte à la République et à ses symboles (le drapeau tricolore par exemple) serait dès lors vécue par les Français comme une atteinte intolérable à la France et au peuple français.
  • D’autre part, parce qu’il s’agissait d’utiliser le sentiment patriotique des Français.Il fallait canaliser cette énergie nationale pour la mettre, au nom de la France et de la Patrie, au service du projet républicain. C’est cette identification qui explique les efforts et les sacrifices consentis par les Français à la demande du régime en place.
L’identification de la République à la France relève donc d’une « nécessité républicaine», d’une volonté consciente, d’une stratégique datée, qui a abouti dans les années 1880-1890. En voici les grandes étapes :
- 1792 : la République s’affirme « française » (déclaration du 25 septembre 1792)
- 1848 : le drapeau tricolore associé à la République devient définitivement le drapeau «Français » (décret du 05 mars 1848)
- 1877 : Marianne, emblème de la République, figure désormais la France.
- 1879 : l’hymne des armées de la République (la Marseillaise) devient « chant national français » (séance de l’Assemblée du 14 février 1879)
- 1880 : la devise républicaine (liberté, égalité, fraternité), affichée sur tous les édifices publics, devient la devise de la France (14 juillet 1880)
- 1880 : le 14 juillet républicain est adopté comme jour de fête « nationale »
- 1895 : les conquêtes de la République en Afrique de l’ouest (au profit des affairistes républicains) sont dites « françaises » (L’Afrique-Occidentale « française »)
- 1910 : les conquêtes de la République en Afrique centrale (au profit des affairistes républicains) sont dites « françaises » (L’Afrique-Equatoriale « française »).
- 1914 : « Armée française » et « Armée de la République », d’usage courant, sont interchangeables
- Etc.
Parvenir à faire croire à toute une population que le régime politique en place depuis peu se confond avec une nation séculaire, au point même que le nom du régime en question soit quasiment synonyme de celui de cette Nation (la République / la France), révèle un machiavélisme sans précédent. Dès lors, toute critique ou remise en cause de la République, de ses symboles, de ses principes, de sa devise, sera automatiquement perçu comme une remise en cause de la France.
Mais l’utilisation et la manipulation des symboles n’auraient pas été suffisantes sans le contrôle des esprits par l’Enseignement obligatoire. Seule l’Ecole républicaine pouvait assurer le conditionnement définitif des nouvelles générations :
« Quand toute la jeunesse française aura grandi sous cette triple étoile[l’obligation, la gratuité et la laïcité de l’Ecole républicaine], la République n’aura plus rien à redouter » écrira Ferdinand Buisson.
L’Ecole dite « républicaine » ou « de la République » est conçue comme une «maison d’éducation » organisée «d’après l’idéal entrevu par la Révolution Française » (Ferry). Son objectif assigné sera de « changer d’ici à quelques générations les habitudes et les idées des populations », de « former et reformer » pour « préparer à notre pays une génération de bon citoyens ». (Ferry, Lettre aux Instituteurs, 1883). Cette mission, on le sait, sera remplie par les « hussards noirs de la République » qui apprendront à des générations d’enfants que la République est la France, voire la quintessence de la France, et que la contester revient à renier sa patrie.
Cette altération des réalités systématisera l’idéologie de la Revanche pour mieux s’imposer. Un décret scélérat du 06 juillet 1882 va incorporer les enfants des écoles dans des «bataillons scolaires» militairement organisés et armés (parfois de vrais fusils). Au nom de la Revanche, les enfants enrégimentés vont ainsi participer aux grandes messes républicaines du 14 juillet, honorer le drapeau républicain, chanter la Marseillaise… et s’exercer au tir, en attendant la Marne et Verdun. C’est à travers la République et ses symboles que les jeunes endoctrinés doivent montrer leur attachement à la France. Nul besoin de préciser que cet apprentissage pavlovien se poursuivra durant le Service militaire obligatoire.
En résumé, à partir des années 1880, la République a entrepris avec patience et méthode un long travail de conditionnement des esprits. Il fallait que ceux-ci, débarrassés de la réflexion, associent de manière automatique la République à la France et la France à la République. La manipulation des symboles, la réécriture de l’histoire, les célébrations « nationales », le revanchisme, l’endoctrinement scolaire, le Service militaire, bientôt la guerre… ont été les principaux vecteurs d’un conditionnement qui associe une somme extraordinaire de violences.
Nous pouvons considérer qu’en 1918 le processus d’identification est arrivé à son terme. Les anciennes générations ont disparu et les nouvelles ont été formées par l’Ecole républicaine. Pour tous les Français désormais, l’Armée est à la fois « française » et « républicaine », ainsi que l’Ecole, la Justice, la Police, l’Assemblée, les institutions… Pour longtemps, la République est « française » et n’aura plus rien à redouter de la France : Ferry et Buisson ne s’étaient donc pas trompés, mais à quel prix !
Antonin Campana

HistoireEbook: Tous les livres censurés accessibles en PDF !

LA BRETAGNE | 2000 ANS D’HISTOIRE | FRANCE INTER

lundi 13 mars 2017

Maurras son lecteur et Dieu

Il y a toujours « un autre Maurras » selon la formule déjà ancienne de Gérard Leclerc. La publication du dernier numéro de la revue Nouvelle École, fondée par Alain de Benoist, a cela de passionnant qu’elle laisse le lecteur avec plusieurs images du même personnage.
Si Maurras est si grand, s'il continue à faire couler tant d'encre plus de soixante ans après son décès (1952), c'est justement parce qu'il offre plusieurs lectures de son œuvre transversale, toutes aussi catégoriques, toutes aussi paradoxales, toutes aussi libres. En Mai 68, les jeunes d'Action Française opposaient souvent Maurras à Marx. Aucune pensée de gauche n'a pu jusqu'à maintenant s'affranchir totalement de Karl Marx, sauf peut-être, ; aujourd'hui, celle de Monsieur Hollande et de Monsieur Valls, et l'on peut constater que i cela ne leur a pas porté chance électoralement. Mais de la même façon, aucune pensée de droite ne peut s'affranchir totalement de l'âpre prose maurrassienne, qui a su inspirer conjointement Charles de Gaulle et François Mitterrand (cet homme de droite qui a structuré le socialisme français jusqu'à nos jours), ou, pour en venir à notre bel aujourd'hui, Patrick Buisson et Philippe de Villiers.
Une méthode maurrassienne
Comment Maurras est-il un maître ? Non pas tant en imposant des concepts, comme Marx a pu le faire avec les concepts de lutte des classes ou de dictature du Prolétariat par exemple. Gérard Leclerc l'expliquait bien dans cette brochure militante, qui se voulait aussi un petit discours de la méthode à l'usage des royalistes de la deuxième moitié du XXe siècle « Ma lecture de l'œuvre maurrassienne est toujours commandée par les soucis quotidiens, par les débats qui sont ceux de l’actualité, par les incessantes questions que me pose la société, ses luttes, ses drames et le devenir du monde ». Maurras, c'est effectivement avant tout une méthode, l'empirisme organisateur. L'expression intimide, elle se voulait sans doute un peu intimidante. Gérard Leclerc, dans ce texte ancien qu'il cite de nouveau parce qu'il n'a pas pris une ride, en exprime bien la simplicité il ne faut négliger aucun fait et toujours préférer les faits, ces témoins de la vérité vivante, plutôt que les idées, qui, pures représentations, gardent des traces de vérités mortes. Voilà ce qu'est l'empirisme organisateur et voilà pourquoi les faits, advenant dans un monde qui n'en aura jamais fini avec son histoire, lui donnent sans cesse de nouvelles occasions de se manifester, d'une génération à l'autre.
Peut-être, le lecteur de Monde&Vie s'étonnera-t-il de trouver ce petit discours de la méthode dans une évocation de l'esprit maurrassien. Mais c'est l'explication de la force de cette pensée à la fois elle est intimement liée aux circonstances qui l'on fait naître elle a forcément suscité les passions et à la fois elle devra être envisagée en dehors de ces faits contingents du passé, à propos desquels Maurras, sanguin, colérique, a bien entendu commis des erreurs, au cours d'une vie qui fut un long engagement. L'approche maurrassienne du monde demeure pourtant, comme un instrument intellectuel et même une tradition intellectuelle en constant enrichissement, elle est disponible pour aujourd'hui. Être maurrassien a un sens et les maurrassiens d'aujourd'hui, on ne les trouve pas forcément là où l'on croit, dans une certaine élite vieille France bien fatiguée ! Témoin Steve Bannon, le puissant patron du groupe Breibart, qui fut directeur exécutif de la campagne de Donald Trump et qui est devenu son « haut conseiller » à la Maison Blanche. Il a été surpris récemment, lors d'un voyage en France, à évoquer « le pays légal et le pays réel », déclarant « Le cycle des Lumières, c'est fini, vous avez lu Maurras ? »
Un antiromantisme romantique
Autre raison de la passion maurrassienne toujours présente au sein du public la critique de la critique maurrassienne est particulièrement difficile à opérer. Elle fait elle-même polémique. La pensée de Maurras, faite de mots d'ordre, de textes courts et sublimes (parfois d'autant plus sublimes qu'ils sont plus courts) et d'observations critiques plutôt que d'idées, agglomère toute critique qui lui est faite, comme le démontre, à sa manière, le magnifique article d'Alain de Benoist, dans le numéro de Nouvelle École qui nous occupe, sur Maurras et le romantisme. Si Maurras était simplement l'antiromantique que l'on qualifie souvent comme tel, la messe serait vite dite, sa pensée vite épuisée et bien sûr aujourd'hui périmée. Avec une érudition étourdissante, le directeur de Nouvelle École montre l'ambiguïté de l'attitude de Charles Maurras face au romantisme.
Qu'on en juge ! Le jeune Maurras commence par faire du romantisme (mouvement plutôt spiritualiste et nostalgique donc ancré à droite) l'origine de l'anarchie républicaine. De Jean-Jacques Rousseau, il fait le père du romantisme, alors que celui-ci est évidemment beaucoup plus proche du rationalisme des Lumières que l'on ne veut bien le reconnaître dans les rangs de l'Action Française. Il fait de l'esprit allemand le foyer du romantisme mondial et de Hitler l'apothéose du romantisme allemand. Pourtant, c'est le romantisme français de Chateaubriand, qui a été à l'origine de ce mouvement littéraire, pendant que Gœthe en restait à un néo-classicisme pour le moins barbant. Quant au romantisme de Hitler. On pourrait aussi bien dire que Hitler est le plus terrible des rationalistes, éliminant tout ce qui ne rentre pas dans son idée de l'Allemagne nouvelle, les juifs, les homosexuels, les handicapés, etc. Maurras avait beau y trouver une critique du désordre pulsionnel allemand, rétrospectivement cette reductio du romantisme ad Hitlerum, opérée par le Maître de l'Action Française est tout sauf évidente. Reste la puissance d'une lecture de l'histoire qui indiscutablement fait réagir.
À la fin de cet article fleuve, Alain de Benoist souligne combien Maurras est peu traditionaliste, lui le monarchiste. Il montre comment on peut même trouver chez lui une exaltation du Progrès. Et de citer François Huguenin sur Maurras le réactionnaire qui, pour cette raison même qu'il réagit, ne peut pas être insensible à son temps. Paradoxes maurrassiens, source des ambiguïtés qui ont fait et feront son succès on peut dire à la fois sa légende dorée et sa légende noire.
Autre difficulté interprétative, ô combien sensible parce qu'elle a donné lieu à une condamnation par le Vatican de Pie XI de tous les catholiques lisant le journal L’Action française la question de la foi personnelle de Maurras. Jacques Prévotat, universitaire, spécialiste de la condamnation de l'Action Française, donne crédit à la légende d'un Maurras athée. Elle est reprise en chœur aujourd'hui par ceux qui croient qu'il suffit de faire un peu d'histoire des idées, avec l'étiquetage rapide que cela suppose, pour connaître, comprendre et pratiquer une pensée.. Dans le même numéro de Nouvelle École, Gérard Leclerc, maurrassien de toujours, chroniqueur pour Royaliste, s'en prend violemment à cette légende de l'athéisme de Maurras « Je me suis disputé récemment avec quelques amis qui veulent à toutes fins faire de Maurras un athée. Je ne connais aucun texte de lui se réclamant de l'athéisme. En revanche on pourrait le définir comme proche de Malraux, en tant qu 'agnostique, mais d'une certaine espèce. Maurras ne professe pas qu'il est impossible de connaître l'existence de Dieu. Il marque son incertitude personnelle, qui ne lui a pas permis de conclure. Et il ne s'en fait pas gloire ! Par ailleurs, c 'est quand même aussi un drôle d'agnostique. Il semble bien qu 'il ait gardé sur son cœur pendant toute sa vie, le scapulaire de la Vierge Marie, dont il parlait dans un conte célèbre du Chemin de Paradis ».
« La Mort n'est qu'une fable »
Beaucoup de nos lecteurs connaissent bien sûr sa Prière de la fin « Seigneur, endormez moi dans votre paix certaine, entre les bras de l'Espérance et de l'Amour ». Cette prière n'est pas un hapax, un cas unique dans la poésie maurrassienne. Le recueil intitulé À mes vieux oliviers, contient lui aussi quelques vers sublimes de foi conquise sur le doute. Je cite quelques extraits d'un poème intitulé Le Pèlerin, ils sont peu connus. Ils sont difficiles. Ils disent pudiquement la quête d'un vieux pèlerin, enfermé pour ses idées dans la prison de Riom, mais qui cherche encore, l'esprit toujours libre « Quelque ébriété que la Grâce épanche/ Pour nous délier des mornes rigueurs/ L'ordre universel des êtres commande/ Qu'une loi s'impose aux voltes du Chœur / Quelle loi ? La mort ? Ce n 'est qu 'une fable. / La Vie? Elle flotte, ayant tout tenté. / Je veux remonter au verbe ineffable/ Du fatal essor d'une Charité Sois ! O Bien des Biens, cime qui flamboies, / Mère des vallons aux mille miroirs / Qui donne l'élan de toutes nos joies / Dans la volupté de TE concevoir. »
À qui, Maurras ordonne-t-il d'être ? Qui Maurras tutoie-t-il ainsi ? Une femme ? Une Mère. On lit en note « L'auteur s'excuse d'avoir toujours pensé le Dieu d'Aristote comme une divinité féminine ». Ce que l'on appelle, de façon trop virile sans doute, le Premier moteur non mû, pour Maurras ne saurait être qu'au féminin, parce qu'il est grâce, volupté, et amour. Le dernier vers du Poète laisse éclater l'espérance d'une renaissance, dont cette divine Féminité soit la matrice « Puis des langes bleus qu'irise une flamme,/ Comme un nouveau-né dont s'ouvre les yeux,/ Le Régénéré du Corps et de l'Ame / Longtemps vagira : - DÉESSE, Ô MON DIEU ! ».
Voilà une bonne fois pour l'athée Maurras avec la dialectique qui conduisit Aristote vers le Premier moteur non mû, il portait aussi l'espérance d'un salut, qui soit une nouvelle naissance. Il voulait que « s'ouvrent ses yeux » ? Ses dernières paroles (un alexandrin) laissent penser que celui qui était sourd depuis ses 14 ans, a trouvé à renaître. « Pour la première fois, murmura-t-il, j'entends venir quelqu'un ».
Abbé G. de Tanouarn monde&vie  23 février 2017
Revue Nouvelle Ecole, Charles Maurras, 216 p., 25 €.

Joseph de Maistre et le rôle de la femme ... après la journée qui vient de la célébrer

En cette « journée de la femme » du 8 mars, relire Joseph de Maistre nous éclaire. « Le moyen le plus efficace de perfectionner l’homme, c’est d’ennoblir et d’exalter la femme » écrivait l’auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg.
L’éducation des enfants est une conséquence essentielle de l’union de l’homme et de la femme. Chacun des deux parents a néanmoins une attitude envers les enfants qui lui est propre : le père incarne la rigueur et la sévérité, tandis que la mère est plus tendre et affective. Dans l’antiquité romaine, Sénèque, avec son style prompt aux contrastes, a fort bien décrit cette double attitude : « Ne vois-tu pas combien la bonté des pères est différente de celle des mères ? ».

Homme-femme mode d’emploi
Les pères font lever leurs enfants de bonne heure, pour qu’ils se mettent au travail ; ils n’admettent pas qu’ils restent oisifs même les jours de fête ; ils font couler leur sueur et parfois leurs larmes. Mais les mères veulent les réchauffer dans leur sein, les tenir dans leur ombre, ne jamais les laisser pleurer, s’attrister, ou faire un effort » . Joseph de Maistre, au début du XIXe siècle, insiste lui aussi sur les fonctions respectives de l’homme et de la femme dans l’éducation des enfants, tout en soulignant l’importance capitale du rôle de la mère.
Ce n’est pas que la place de la mère n’ait pas déjà été décrite avant lui, beaucoup s’en faut, il suffit, par exemple, outre Sénèque, de se souvenir des écrits de Fénelon à ce sujet. Selon l’évêque de Cambrai, la femme « est chargée de l’éducation de ses enfants » et doit veiller au bon ordre de la maison, ce qui implique un certain nombre de compétences et de qualités.
Fénelon, tout en rappelant que l’épouse doit « être pleinement instruite de la religion » , ne fait, somme toute, que continuer la tradition occidentale, puisque dans les Économiques, Aristote écrivait déjà que « l’honnête femme doit être maîtresse des affaires intérieures de sa maison » .
Joseph de Maistre fait l’éloge de la femme en magnifiant le rôle de cette dernière en tant qu’épouse et mère. En 1808, dans une lettre à sa plus jeune fille, Constance, laquelle n’est alors âgée que d’une quinzaine d’années, Joseph de Maistre fait la comparaison entre les mérites des hommes et des femmes. Les premiers ont réalisé de grandes choses, tant en littérature que dans les sciences, alors que les secondes n’ont fait aucun chef-d’œuvre dans aucun genre.
Mais si nombreuses et éclatantes que puissent être les productions des hommes, les femmes « font quelque chose de plus grand que tout cela : c’est sur leurs genoux que se forme ce qu’il y a de plus excellent dans le monde : un honnête homme, et une honnête femme » . Maistre ajoute : « Si une demoiselle s’est laissé bien élever, si elle est docile, modeste et pieuse, elle élève des enfants qui lui ressemblent, et c’est le plus grand chef-d’œuvre du monde ».
Maistre n’a donc flatté les hommes que pour les abaisser en comparaison de ce que font les femmes, car qu’est-ce que la production intellectuelle ou scientifique si elle n’est pas accompagnée de la morale, et qui donc peut mieux inculquer la morale à un enfant sinon sa propre mère ? On peut ici comparer Maistre à Sénèque quand le philosophe romain explique que la sagesse est une chose beaucoup plus importante que les arts libéraux et les sciences , mais plus encore qu’à Sénèque, c’est à saint Augustin que Maistre se réfère.
Supériorité à l’homme
L’auteur des Confessions ne dit-il pas que c’est grâce à sa mère que, tout jeune, il connut le nom de Jésus Christ ? Dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg, Maistre met fortement en avant le rôle éducatif de la mère, tant en morale qu’en religion : « […] ce qu’on appelle l’homme, c’est-à-dire l’homme moral, est peut-être formé à dix ans ; et s’il ne l’a pas été sur les genoux de sa mère, ce sera toujours un grand malheur. Rien ne peut remplacer cette éducation. Si la mère surtout s’est fait un devoir d’imprimer profondément sur le front de son fils le caractère divin, on peut être à peu près sûr que la main du vice ne l’effacera jamais. Le jeune homme pourra s’écarter sans doute ; mais il décrira, si vous voulez me permettre cette expression, une courbe rentrante qui le ramènera au point dont il était parti » .
La femme a donc un rôle éminent dans l’éducation des enfants, notamment dans l’éveil de leur sensibilité religieuse. Serait-ce à dire que la femme ne puisse faire ce que font les hommes, à savoir se lancer dans n’importe quelle activité, littéraire, scientifique, voire politique ? Il s’en faut de beaucoup que la femme ne puisse pas faire ce que font les hommes.
Maistre a une vive admiration pour les écrits de Mme de Sévigné, il admire l’esprit de Mme de Staël, dont il réprouve pourtant les idées politiques. Maistre reconnaît qu’une femme peut gouverner un pays, comme le prouve l’exemple de la Russie . Selon Maistre, cependant, l’homme et la femme sont différents. «Chaque être doit se tenir à sa place, et ne pas affecter d’autres perfections que celles qui lui appartiennent » .
Il suit de là que « les femmes ne sont nullement condamnées à la médiocrité, elles peuvent même prétendre au sublime, mais au sublime féminin » . Il est vain de vouloir comparer les hommes et les femmes, chacun a sa vocation propre et peut y exceller. Maistre condense son propos par une image : « en un mot, la femme ne peut être supérieure que comme femme, mais dès qu’elle veut émuler l’homme, ce n’est qu’un singe » .
Si Maistre met tant en avant la différence entre l’homme et la femme, c’est pour une raison à la fois anthropologique et religieuse. Anthropologique car la femme suscite le désir, et religieuse car l’anthropologie est elle-même à comprendre en raison du péché originel. Que la féminité soit liée à l’idée de désir, et que le désir soit à son tour souvent attaché aux idées de séduction, de désordre ou de vice, c’est là un fait que Maistre trouve attesté dans toutes les cultures. Certes Aristote a écrit que la femme peut avoir un rôle important dans la maison, mais le plus souvent, il y a une défiance, voire une hostilité, envers le sexe féminin.
« Exalter la femme »
Dans l’Éclaircissement sur les sacrifices, Maistre rappelle les jugements défavorables de Platon et d’Hippocrate envers les femmes, il souligne aussi que « de nos jours encore, elles sont esclaves sous l’Alcoran » . Un discrédit pèse de tout temps sur la femme. La religion chrétienne elle-même reconnaît dans la Genèse que la femme a été créée après l’homme, et comme l’écrit saint Paul, que la femme « est tombée dans la désobéissance » .
Contrairement aux autres religions, le christianisme cependant élève la femme, et cette élévation se fait par la maternité et l’éducation des enfants. Saint Paul, lui-même, juste après avoir évoqué la désobéissance d’Ève, ajoute que la femme « se sauvera néanmoins par les enfants qu’elle aura mis au monde, s’ils persévèrent dans la foi, dans la charité, dans la sainteté, et dans une vie bien réglée » .
Grâce au christianisme, la femme acquiert une considération qu’elle n’avait pas avant lui, et qu’elle n’a pas hors de lui. Il en résulte, selon Maistre, que « la femme est plus que l’homme redevable au christianisme. C’est de lui qu’elle tient toute sa dignité » .
Cette dignité c’est précisément la reconnaissance de son excellence, puisque sans elle, sans la tendresse, sans l’affection qu’elle porte à son époux et à ses enfants, nulle famille ne pourrait être, et sans famille nul ne peut être vraiment lui-même. Il suit de là, dit magnifiquement Maistre, que « le moyen le plus efficace de perfectionner l’homme, c’est d’ennoblir et d’exalter la femme » .